CCL, no. 108, Hiver 2002
Retour au sommaire »Présentation : Le Genre sexué et la transgression des normes dans les romans pour adolescents / Joanne Findon et Daniel ChouinardEn mars 2000, un jeune adolescent s'est suicidé en se jetant du pont Patullo à Surrey, en Colombie-Britannique. Victime de violence à l'école, il ne pouvait plus supporter d'être traité d'homosexuel. Bien que sa famille ait nié son orientation sexuelle, la question de son homosexualité perd ici de sa pertinence. Ce qui compte vraiment, c'est que ses camarades aient perçu son comportement comme homosexuel. L'adolescent avait transgressé les normes du comportement hétérosexuel «normal» tel que le définissait son milieu. Comment ces normes peuvent-elles être si rigoureusement définies ? Pouvaient-ils concevoir, lui et ses camarades, des modèles de référence autres que ces normes ? Cet incident nous a amenés à nous demander si les auteurs pour la jeunesse montraient assez d'ouverture d'esprit en ce qui concerne le comportement relatif au «genre sexué» (gender) dans les romans pour adolescents. Les catégories du «masculin» et du «féminin» sont-elles encore définies de manière rigide et conventionnelle ? Est-il toujours difficile pour un personnage d'adolescent de montrer de la tendresse et pour un personnage d'adolescente d'afficher une attitude dite de battante ? Enfin, existe-t-il des personnages homosexuels, si tant est qu'ils soient représentés, qui ne soient ni marginaux, ni caricaturaux ? Les études que nous publions semblent montrer à la fois le maintien et la contestation des stéréotypes reliés à l'élaboration de l'identité sexuée. Par exemple, les personnages homosexuels, s'ils sont présents, n'occupent guère le devant de la scène et ne sont les protagonistes de leur propre histoire qu'à de rares occasions. Toutefois, certains romans commencent à remettre en question les attitudes traditionnelles. Le répertoire bibliographique de Paulette Rothbauer laisse entrevoir une certaine ouverture d'esprit de la part des auteurs même si la plupart des romans offrent peu de nouvelles avenues, risquant ainsi de décevoir leurs lecteurs et de les conforter dans leur jugement selon lequel la littérature de jeunesse n'a que peu de rapport avec leur existence. L'analyse de Judith Franzak de deux recueils de contes de fées postmodernes laisse entrevoir que ce type de récit fortement marqué par une opposition entre les paradigmes masculin et féminin reste un lieu idéal pour la remise en question des stéréotypes reliés au genre sexué. L'étude comparative de deux récits que propose Theresa L. Cowan montre que les conceptions de l'identité sexuelle peuvent être subverties lorsque les problèmes relatifs au choix de l'orientation sexuelle sont assumés par de jeunes personnages-narrateurs. Enfin, l'examen consciencieux de M. Sean Saunders du personnage de Marwen dans la trilogie de Marmawell de Martine Bates montre les dangers auxquels on s'expose si on interprète les codes de l'identité de manière trop cursive ou convenue. L'on ne peut conclure, sur la question de l'identité sexuée, que les romans destinés au lectorat adolescent demeurent encore timides. Comme le laisse entendre l'une des personnes interviewées par Rothbauer à l'adresse des auteurs : «Montrez-nous d'autres voies !» Dernière mise à jour : 30 décembre 2003. |
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